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Le Suicide de la Déesse

On en parle

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Revue de Presse

6 janvier 2012

Journal Malartic

Ho! Ho! Ho! La lecture en cadeau!
— Les suggestions de Gabriel

Le P’tit Journal m’a demandé de vous suggérer une liste de bédés récentes à offrir ou à lire pendant les Fêtes. Voici mes suggestions!

Paul au parc
Michel Rabagliati, éditions La Pastèque

Je vous propose le tout dernier d’une délicieuse série de 7 albums de Michel : Paul au parc. Michel y explore les thèmes du mentorat et du scoutisme sur fond de crise d’octobre dans le quartier Rosemont, à Montréal. Cet album, tout simplement splendide, vient d’être sélectionné pour le Festival d’Angoulême! Je suis un fan du travail de Michel depuis plusieurs années. C’est de la grande bédé! Le dessin sert admirablement bien une histoire captivante et l’émotion nous guette à chaque page. Un splendide tour de force. Bravo Michel!

Les Nombrils : Un Couple d’enfer
Dubuc et Delaf, éditions Dupuis

Je vous suggère une autre excellente série québécoise de bédés! Dédiée à un public ado, la série a obtenu bon nombre de récompenses. Dans le 5e volume, l’amitié du trio d’enfer (Jenny, Vicky et Karine) est toujours aussi toxique et sera mise à rude épreuve alors que Karine trouve un amoureux. Le dessin des Nombrils est toujours aussi solide et fluide et l’histoire encore plus résolument humoristique. Un choix gagnant!

Le Suicide de la Déesse
Simon Labelle, éditions 400 coups, collection Mécanique Générale

Avec Le Suicide de la Déesse, je vous propose un de mes grands coups de coeur de l’année! Une fable pour adultes sur préoccupations sociales et écologiques. Un dessin impeccablement stylisé d’une élégance toute naturelle, une histoire très bien ficelée et intelligente. Rien d’étonnant à ce que Le Suicide de la Déesse ait remporté le Bédélys Québec aux 12e prix Bédélys. Une splendide découverte à petit prix! À lire et relire tellement l’histoire est riche et le dessin dense.

Habibi
Craig Thompson, éditions Casterman

Je suis devenu fan du travail de Thompson avec son superbe Blanquets. J’attendais Habibi avec impatience et j’ai été encore une fois très agréablement surpris! Un scénario ambitieux et extrêmement bien structuré. Le dessin est toujours aussi magnifique, plein d’énergie, superbement détaillé et pourtant toujours spontané. L’histoire est destinée à un public adulte et présente une vision fascinante de la culture arabe avec un point de vue tout à fait unique.

Omni-visibilis
Lewis Trondheim et Matthieu Bonhomme, éditions Dupuis

Soudainement l’humanité tout entière peut voir, entendre et ressentir ce que vit un homme. Imaginez un peu être cet homme (qui a ses travers comme nous tous). Débilement drôle! Surtout parce que l’idée de départ de ce roman graphique merveilleusement bien écrit par Trondheim (Formidables aventures de Lapinot, Petits Riens, Bludzee, etc.) était de suivre un quidam ordinaire qui vit cette situation. Et ça dérape! Tout le monde veut s’approprier cet homme. Humour grinçant et truffé de délicieux rebondissements. Le dessin est de Matthieu Bonhomme. Je suis un fan du travail de virtuose de Bonhomme (Le marquis d’Anaon, Messire Guillaume, Le voyage d’Esteban, etc.). Je savais donc qu’il dessinait de façon grandiose les bédés historiques. Avec Omni-visibilis, j’ai appris qu’il dessine avec autant de virtuosité les histoires contemporaines et de science-fiction. Je me garde Texas Cowboy, son dernier album, à lire pendant les Fêtes.

Parker : L’organisation
Darwyn Cook, éditions Dargaud

Finalement, si vous aimez les sensations fortes, les thrillers et les films noirs des années 60, je vous invite à lire Parker. 150 pages haletantes de la vie du truand Parker qui vient de changer de visage. C’est solidement dessiné et admirablement bien écrit. Bien que l’album soit dessiné dans un style très cartoon, c’est un thriller pour un public averti!

Bonnes lectures des Fêtes!

Gabriel Morrissette
illustrations – bédés – cartoons – storyboards

Source : www.journalmalartic.com

17 octobre 2011

Le Délivré — Librairie Monet

Mon top 10 de la BDQ!

Le Québec profite d’un certain succès dans le monde de la bande dessinée. En effet, bon nombre d’artistes québécois sont édités en Europe par de grands éditeurs tels Dargaud, Delcourt, Casterman, etc.; citons par exemple les Sherbrookois Delaf et Dubuc, dont la série Les nombrils est publiée chez Dupuis. Le Québec sert également d’inspiration pour des auteurs européens, tels Loisel et Tripp, qui ont concocté ensemble Magasin général, superbe série sur la vie champêtre des années 30 dans un petit village fictif de la région de Charlevoix. Bref, sur la scène internationale, le Québec est à la mode.

Toutefois, qu’en est-il de la bande dessinée québécoise comme telle? J’entends par bande dessinée québécoise, souvent appelée « BDQ » (ou encore « BDK » dans la décennie 1970), la bande dessinée créée par un ou des Québécois et éditée par une maison d’édition québécoise.

Pendant très longtemps, la BDQ s’est exprimée dans des magazines, des fanzines et des publications à compte d’auteur. Puis, dans les années 1990, quelques maisons d’édition, toujours actives aujourd’hui, ont été créées, dont Les 400 coups et La pastèque… Depuis, la bande dessinée québécoise est de plus en plus présente sous forme d’albums et de romans graphiques, et explore tous les genres, de l’humour à l’aventure, en passant par le polar ou les récits du quotidien.

Donc, la BDQ est présente et bien vivante. Mais quelles sont les meilleurs titres québécois? Ceux qui enchantent les lecteurs? Ceux qu’on lit et relit sans arrêt? Afin de guider les lecteurs avides de bandes dessinées québécoises dans leurs choix de lectures, voici mon palmarès personnel, mon « Top 10 de coups de coeur BDQ » :

Numéro 10

L’Académie des chasseurs de primes est une série mélangeant humour, action et science-fiction, dans laquelle un groupe d’adolescents aux talents divers et mystérieux étudient dans une école reconnue dans tout l’univers pour les capacités de ses gradués à faire régner la justice interstellaire. Cette série est intéressante pour plusieurs raisons : tout d’abord, le dessin de Benoît Godbout est superbe et efficace, et enchantera les lecteurs avides de séries européennes comme Sillage ou Travis; ensuite, on s’attache rapidement aux personnages et à l’univers détaillé qui les entourent. En somme, cette série est idéale pour les amateurs de space opera et les adolescents.

Numéro 9

Le Suicide de la Déesse mélange suspense, enquête, anticipation et philosophie. Et si notre planète avait engendré les êtres humains avec pour objectif ultime de mettre fin à ses jours? Voilà le point de départ du Suicide de la Déesse, une création littéraire que composent Ariane et ses quatre coéquipiers dans le cadre d’un travail universitaire. Des dizaines d’années plus tard, la déesse, oubliée par ses créateurs, apparaît de nouveau dans leurs vies; leur texte a été diffusé sur Internet et les conséquences sont dévastatrices : il a inspiré une secte suicidiste cherchant à accélérer le processus fatal au nom de la Déesse. À travers les personnages, l’auteur nous immerge dans une critique écologique teintée de mysticisme. Ici, il n’est pas seulement question de « sauver la planète », mais aussi de comprendre les désirs qui motivent les gens à la détruire, à adhérer à une telle secte… Le livre de Simon Labelle est une fable inquiétante et délicieuse.

Numéro 8

Nicolas raconte le deuil du personnage principal pour son petit frère. Le livre se divise en plusieurs petites séquences de dessins rapides mettant en scène des événements prenant place sur une vingtaine d’années. Pascal Girard montre les bons et les mauvais souvenirs du personnage, qui oscille entre mélancolie, apathie et humour, comme c’est souvent le cas lorsqu’on vieillit avec un deuil. Le ton est juste, l’émotion soutenue. Les sentiments complexes sont exprimés avec efficacité grâce à un trait simple et nerveux.

Numéro 7

Horus est un livre jeunesse incomparable mélangeant humour, histoire antique et action. Nofret est une jeune égyptienne, qui, comme plusieurs jeunes filles de son âge, se demande si elle devra se résoudre à se marier. Mais les dieux lui réservent un tout autre avenir… Puis, alors que le pharaon Touthmôsis III et sa tante se disputent le trône royal, le conflit royal est interrompu par le dieu Horus, qui revient sur terre sous la forme d’un petit garçon à tête de faucon. Menacé par d’autres dieux, ce dernier est sauvé de justesse par la jeune Nofret. Le dessin de Johane Matte, superbe et dynamique (ce qui est bien normal de la part d’une vétérane des studios Dreamworks), les rebondissements de l’histoire et les personnages recherchés sauront captiver les jeunes et les moins jeunes!

Numéro 6

Bien que cette série d’Iris et Zviane soit publiée chez Delcourt, parce que son « édition originale » est un blogue, je me considère en droit de l’ajouter à mon palmarès! L’ostie d’chat, c’est l’histoire de Jasmin Bourvil, Jean-Sébastien Manolli et du chat immonde dont ils partagent la garde. L’histoire se concentre sur la vie de tous les jours – à la fois humoristique et triste – des personnages. Le quotidien des personnages mélange des sujets plus sérieux, tels les troubles familiaux ou mentaux, avec des complications amoureuses et des gaffes de fêtards éméchés… L’ostie d’chat, c’est simple, drôle et savoureux. Au Québec comme en Europe, la série a déjà de nombreux admirateurs.

Numéro 5

La fille invisible est une bande dessinée sensible et unique qui parle d’un problème important : celui de l’anorexie et de la boulimie. Le livre suit d’une part le personnage de Flavie, une jeune fille ayant une opinion déplorable d’elle-même, qui décide de suivre un programme amaigrissant pour devenir… une nouvelle Flavie, et d’autre part le personnage de la journaliste, qui interroge un médecin spécialiste des troubles alimentaires. Au final, l’album de Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau présente le problème avec un ton critique et informatif, tout en créant un environnement où évoluent des personnages captivants.

Numéro 4

La vie, ça va vite. Et la vie en ville, encore plus. Cependant, la vie ralentit parfois, notamment lors de pannes d’électricité générales. C’est d’ailleurs grâce à l’une d’elles au coeur d’un été que deux jeunes voisins, qui habituellement s’ignorent, passeront un moment ensemble. Ma voisine en maillot est une ode au quotidien, aux amourettes et aux petites choses de la vie. Le lecteur est séduit pas le rythme lent du récit et le style de dessin léger de Jimmy Beaulieu.

Numéro 3

Un ardent militant gauchiste élève seul sa fille, Alberte; à son grand désespoir, celle-ci est un chef-d’oeuvre de superficialité. Pour remédier à la situation, le père impose à sa fille le port permanent de la burqa! Burquette propose une série de gags montrant comment Alberte et son père font face à cette situation et comment leur relation évolue grâce à ce vêtement lourdement chargé par sa signification politique et sociale. Il s’agit à la fois d’une critique sociale intelligente et de gags familiaux absurdes. Francis Desharnais puise à même l’actualité pour la restituer sous une forme légère et hilarante.

Numéro 2

Stéphanie, qui connaît un succès mitigé en tant que pigiste, commence à trouver sa vie un peu vaine. Elle dépend du salaire de son chum, à qui appartient la maison, et rêve d’avoir des enfants et des chats, alors que ce dernier ne s’intéresse ni aux uns ni aux autres. Stéphanie finit par « adopter » le chat de son amie lorsque cette dernière quitte le pays. Son chum, gravement allergique, la met au défi : c’est le chat ou lui… Mais Stéphanie choisit le chat! Valentin d’Yves Pelletier et Pascal Girard explore les effets de la routine et l’importance des petits bonheurs qui nous motivent à vivre cette dernière avec le sourire. Cette bande dessinée drôle et intimiste, qui plaira aux amateurs de chats, fait aussi la promotion des antihistaminiques!

Numéro 1

On ne présente plus Michel Rabagliati, dorénavant un grand nom de la bande dessinée québécoise. Ses livres racontent le quotidien d’un homme dans différentes situations et à différents âges de sa vie avec humour, sensibilité et finesse. Paul en appartement, qui se déroule principalement à Montréal, est mon préféré de la série. Car la métropole y est dessinée sous tous les angles, avec un souci du détail époustouflant! Dans ce tome, Paul, l’alter-ego de l’auteur, emménage avec sa petite amie dans leur premier appartement, au cours des années 1980. Le récit mélange des séquences montrant les études en graphisme de l’auteur, son emménagement avec sa copine Lucie et d’autres où le couple garde les deux filles de la soeur de Lucie. On ressent bien la nostalgie de l’auteur, et le récit est aussi intéressant pour un baby boomer que pour un adolescent qui vient d’emménager; en effet, peu importe l’âge du lecteur, certaines expériences transcendent les époques…

Isabelle Melançon
Librairie Monet, Montréal

Source : www.librairiemonet.com

Octobre–novembre 2011

À babord

BD québécoise : l’explosion

« À quand les éditeurs ? » s’interrogeait André Carpentier en 1975 ; « La bande dessinée québécoise : sempiternels recommencements » s’inquiétait Jacques Samson en 1997 ; « La bande dessinée québécoise à l’âge adulte ? Mais ouvrez les yeux » se félicitait Fabien Deglise en une du Devoir en 2004. Petit constat de l’état de la bande dessinée québécoise après 40 ans de modernité.

La bande dessinée québécoise semble faire preuve d’une certaine santé, mais son parcours fut difficile. On le constate d’abord en étudiant la situation des éditeurs qui se consacrent au neuvième art. De 1970 à 1990, aucun éditeur n’a réussi à publier plus de sept albums (Mondia, Aurore, Ovale) à l’exception de la petite structure éditoriale artisanale, Le Phylactère, qui a publié, à tirages restreints, plus d’une dizaine de titres. Mondia et Ovale, notamment, publiaient des livres calqués sur le modèle européen : albums cartonnés de 48 pages en couleurs. Le prix de vente ne permettait pas de concurrencer toute la production venue d’Europe et qui se retrouvait sur les rayons des librairies.

Des perspectives prometteuses

Ce qui permet d’entretenir un certain optimisme pour le développement de la bande dessinée québécoise actuelle c’est donc, selon nous, l’émergence de ces éditeurs québécois qui ont, enfin, réussi à se bâtir des catalogues imposants avec des politiques éditoriales originales. Le lecteur a maintenant à sa disposition une masse critique intéressante d’ouvrages de différentes factures. En consultant les sites Web des éditeurs québécois ayant vu le jour lors des deux dernières décennies, nous pouvons répertorier environ 90 titres pour La Pastèque, 120 titres pour les 400 coups, 40 titres pour Premières lignes et 20 titres pour Glénat Québec. Et tous les genres sont représentés : la bande dessinée jeunesse, la bande dessinée de genre, le roman graphique et la bande dessinée expérimentale. Même des oeuvres influencées par la manga japonaise sont publiées par des éditeurs québécois.

Le marché de l’édition au Québec est toutefois restreint. Ce qui explique que beaucoup d’auteurs se tournent vers les éditeurs européens et américains afin de travailler. Les auteurs québécois qui ont réussi à publier en Europe au vingtième siècle ne sont pas nombreux : Loth et Montour, Zoran, Godbout et Fournier, Julie Doucet, Robert Rivard et Thierry Labrosse, par exemple. Or, ces dernières années, c’est près d’une trentaine d’auteurs qui ont publié directement chez des éditeurs français, belges et suisses. Ces auteurs qui se démarquent à l’étranger et ces maisons d’édition québécoises qui perdurent font que la bande dessinée québécoise semble enfin être devenue un secteur prolifique de l’édition québécoise.

Mais quelle est la particularité de la bande dessinée québécoise ? La diversité des genres ne permet pas une réponse claire à cette question. Dans une récente entrevue, l’auteur Jimmy Beaulieu a esquissé une réponse à cette question : «  C’est subtil, parce que notre style est aussi une synthèse d’influences américaines, européennes et japonaises, mais oui, je perçois une spécificité québécoise. Peut-être plus dans l’attitude de nos histoires. L’humour absurde, un peu acide, la mélancolie hivernale, l’amertume, l’humilité, le dynamisme… une certaine désillusion ? »

Il n’est pas surprenant que cette citation se termine par un point d’interrogation. Il n’est pas facile de trouver des points communs entre les albums jeunesse d’un Paul Roux, la série d’autofiction des Paul de Michel Rabagliati, les romans graphiques de Philippe Girard, Pascal Girard, Siris et Iris ou le succès commercial de la série Les Nombrils de Delaf et Dubuc publiée chez l’éditeur belge Dupuis.

Une grande absente : la BD politique

Même si l’humour et la parodie sont toujours très présents dans la production locale, ce qui s’impose ces dernières années, c’est la venue d’auteurs utilisant l’autobiographie, l’autofiction ou produisant des récits intimes. Loin des veines parodique et satirique de leurs prédécesseurs, ces auteurs campent des personnages inspirés de leur vie et de leur entourage et mettent en scène un univers contemporain tout en dressant un portrait de la société québécoise actuelle.

Mais les grands enjeux contemporains de la société québécoise se retrouvent très peu dans ces oeuvres de fiction, comme si le politique ne pouvait être traité que dans les caricatures des pages éditoriales des journaux. La série Burquette de Francis Desharnais, née lors du débat sur les accommodements raisonnables, constitue une rare exception. Cette histoire d’un homme de gauche qui oblige sa jeune fille à porter une burqa afin qu’elle se sensibilise à la réalité des femmes voilées est une réponse directe à un débat de société. Mais Desharnais fait cavalier seul.

On retrouve toutefois, dans les productions récentes, des échos à la question environnementale (Le Suicide de la Déesse de Simon Labelle) et à l’histoire politique (Pour en finir avec novembre de Lemay et St-Georges), sinon la grande majorité des oeuvres dressent surtout un portrait intime de la nouvelle génération d’auteurs.

Il demeure que c’est cette diversité, autant graphique que narrative, d’oeuvres de qualité qui nous semble la plus forte preuve que la bande dessinée québécoise a finalement trouvé sa place dans le grand concert de la bande dessinée mondiale.

Sylvain Lemay
Professeur et directeur de l’École multidisciplinaire de l’image
Université du Québec en Outaouais.

Source : www.ababord.org

28 avril 2011

Arsenul Blogspot

Chronique BD :
Le Suicide de la Déesse, Bédélys 2010

J’avoue ne pas connaître Simon Labelle. Lorsqu’il a gagné le prix Bédélys de l’année, je me suis procuré son livre. Les prix ou plutôt leur attribution sont souvent mitigés. Copinage, obligation de changer, toujours les mêmes, plusieurs arguments sont amenés. Le résultat fait acte de foi. La raison du prix est de reconnaître mais surtout, pour ma part, de faire connaître. J’ai embarqué et j’en suis satisfait.

Simon Labelle scénarise et dessine Le Suicide de la Déesse. Bien qu’il y ait, à l’occasion, quelques maladresses dans les visages, le dessin est tout à fait approprié au propos et au genre. Les personnages sont des gens normaux aux physiques banals, ce qui est très bon car cette histoire pourrait arriver à tout le monde. Les plans sont intéressants et j’y ai vu plusieurs allusions à des scènes de films connus — est-ce volontaire ou s’agit-il d’images universelles? Les zones d’aplats noirs sont très réussies, elles forment ombrage mais surtout l’ambiance du décor. Aux pages 44–45 et 46, le temps d’un passage onirique, le dessin prend des allures d’ombres chinoises aztèques et c’est fabuleux.

Je crois que ce qui a attiré l’attention des juges est surtout le scénario. Un groupe d’étudiants doit créer une oeuvre commune. Cette oeuvre va plus loin qu’un simple travail de fin de session. Flashbacks, retrouvailles, questionnement s’imbriquent dans l’installation d’un mystère qui traîne tout au long du récit. J’avoue qu’aux trois quart de l’oeuvre, je me suis dit que si la fin n’était pas à la hauteur, je m’étais fait avoir d’un petit 13,95 $. J’aurais pu payer le double et j’aurais été content. À la relecture on réalise que même graphiquement, les indices étaient là pourtant. Par moment, la prétention et l’attitude des étudiants m’irritaient un peu, mais ça accentue le réalisme de l’histoire. N’avons-nous pas tous été chiants par moments à l’université ou au cegep? Des phrases comme « Mère nature est une junkie, sa drogue c’est l’homme » ou « On exploite les ressources jusqu’à épuisement, on pousse la croissance jusqu’à ce que ça pète, on appauvrit les masses jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus s’offrir les biens de consommation de masse » peuvent agacer, amuser ou inspirer selon l’humeur du moment, mais on sent la recherche et le travail dans le texte, ce qui donne une franche profondeur.

Bref, une BD solide qui fait réfléchir.

Arsenul
Un blog comme outil de motivation à l’apprentissage et à la pratique du dessin

Source : arsenul.blogspot.com

9 avril 2011

Le Devoir

En bref – La bande dessinée honorée

Le Suicide de la Déesse (Les 400 coups), oeuvre complexe et introspective du bédéiste Simon Labelle, a été couronné jeudi soir dernier par le prix Bédélys Québec, remis à l’auteur du titre le plus marquant de l’année 2011.

Cette bédé était en lice contre de gros canons du 9e art, dont Apnée de Zviane (Pow Pow) ou encore Jimmy et le bigfoot (La Pastèque). La cérémonie, pilotée par l’organisme Promo 9e art, a également honoré Lydie (Dargaud) de Zidrou et Jordi Lafebre qui est reparti avec le Bédélys d’or, ainsi que le tome 3 de Mon pépé est un fantôme (Dupuis) de Nicolas Barral et TaDuc. Ces prix qui célèbrent l’univers de la bande dessinée d’ici et d’ailleurs étaient remis pour la 12e année consécutive.

Source : www.ledevoir.com

7 avril 2011

CNW Telbec

Promo 9e art dévoile les gagnants des 12e prix Bédélys

MONTRÉAL, le 7 avril /CNW Telbec/ – Promo 9e art, organisme voué à la promotion de la bande dessinée au Québec, a annoncé aujourd’hui en compagnie de ses porte-parole Sylvie Lussier et Pierre Poirier, les gagnants des 12e Prix Bédélys, à l’occasion de leur gala annuel qui se tenait à l’auditorium de la Grande Bibliothèque.

  • Bédélys d’or
    Décerné par la Corporation des Bibliothécaires professionnels du Québec
    Lydie, de Zidrou et Jordi Lafebre, Éditions Dargaud

  • Bédélys Jeunesse
    Décerné par la Ville de Montréal
    Mon Pépé est un fantôme t.3, de Nicolas Barral et TaDuc, Éditions Dupuis

  • Bédélys Québec
    Décerné par Les Amis de la Bibliothèque de Montréal, accompagné d’une bourse de 1000$
    Le Suicide de la Déesse, de Simon Labelle, Éditions Les 400 coups

  • Bédélys Fanzine
    Décerné par Promo 9e art, accompagné d’une bourse de 500$
    Les Pièces Détachées (t.1 et t.2), de Vincent Giard et David Turgeon, Éditions Colosse

Promo 9e art tient à remercier la SODEC ainsi que l’ensemble de ses partenaires, qui ont contribué à faire de cette 12e remise des Prix Bédélys un succès.

Source : cnwtelbec.com

3 mars 2011

Le lendemain de la veille

La chronique de bandes dessinées (extrait)

(…) Parmi les livres québécois qui sont en lice pour les prix Bédélys, je ne manquerai pas de souhaiter bonne chance au Suicide de la Déesse, de Simon Labelle, chez les 400 coups. C’est un livre, je dirais, dans la lignée de Jules Verne… C’est vraiment fabuleux! Malheureusement, je suis à peu près sûr qu’il n’arrivera pas à gagner parce qu’il est trop original!!…

Je le suggère à tous et à toutes!

Ramon Vitesse
CKUT-FM, Montréal

Source : Écoutez l’émission complète en archive audio sur ckutmorningafter.wordpress.com

1er mars 2011

Le Devoir

Les prix Bédélys dévoilent leurs nominations

Après l’effort, le réconfort : les bédéistes Zviane, Siris et Pascal Girard sont entrés officiellement hier dans la course aux Bédélys, cuvée 2010, avec la mise en nomination de leurs dernières créations qui, le 7 avril prochain, pourraient ressortir de la cérémonie auréolées de ce prestigieux prix.

Au total, cinq bédéistes québécois viennent d’être placés sur la ligne de départ pour le Bédélys-Québec, a annoncé Promo 9e art, l’organisme responsable de ce concours. Zviane, avec son Apnée, qui marque les premiers pas de la maison d’édition Pow Pow, va y croiser le fer avec Jimmy et le bigfoot (La Pastèque) de Girard, Vogue la valise (La Pastèque) de Siris, le tome 2 de L’Académie des chasseurs de prime (Les 400 coups) de Lacombe, Champoux et Godbout ainsi qu’avec l’étonnant Suicide de la déesse (Les 400 coups) de Simon Labelle.

Au chapitre international, dix oeuvres européennes ont également été retenues par le comité de sélection pour le Bédélys d’or. Des noms? Asterios Polyp (Casterman) du maître de la déconstruction Mazzucchelli — titre qui a d’ailleurs été nommé meilleur album de l’année 2010 par l’Association des critiques et journalistes en bande dessinée en décembre dernier —, Blast (Dargaud) de Manu Larcenet, le premier chapitre de L’Angélus (Dupuis) de Giroud et Homs ou encore Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès (Dargaud) de Vehlmann et Duchazeau. Pour ne citer qu’eux.

Enfin, au rayon des bédés pour les enfants, les quatrièmes aventures de Pico Bogue, l’ébouriffé personnage pensant imaginé par Dominique Roques et mis en image par Alexis Dormal, peut lui aussi rêver désormais à un Bédélys jeunesse sur le rebord de sa cheminée. Les Dragouilles de Cyr, Gottot (Michel Quintin) tout comme Mon pépé est un fantôme (Dupuis), tome 3, de Barral et TaDuc, sont aussi dans la course. Comme chaque année, la cérémonie se tiendra début avril à la Grande Bibliothèque de Montréal.

Fabien Deglise
Le Devoir, Montréal

Source  : www.ledevoir.com

28 février 2011

Promo 9e art

Nominations aux Bédélys 2010

12e prix Bédélys

Promo 9e art est fier de dévoiler les finalistes des 12e prix Bédélys. Voici, par ordre alphabétique de titre, les oeuvres s’étant le plus démarquées au cours de l’année 2010 selon nos jurys de lecture. Prenez note que les finalistes au prix Fanzine seront dévoilés un peu plus tard au courant du mois de mars.

Bédélys Québec – Les amis de la bibliothèque de Montréal
  • L’académie des chasseurs de prime t.2 de B.Godbout, M.Lacombe et Y.Champoux, Les 400 coups

  • Apnée de Zviane, Pow Pow

  • Jimmy et le bigfoot de P.Girard, La Pastèque

  • Le Suicide de la déesse de S.Labelle, Les 400 coups

  • Vogue la valise de Siris, La Pastèque

Bédélys Jeunesse – Ville de Montréal
  • Les Dragouilles t.1 de M.Cyr et K.Cottot, Michel Quintin

  • Ernest et Rebecca t.3 de G.Bianco et A.Dalena, Le Lombard

  • Légendes de ParvaTerra t.1 de R. Arnaiz, Le Lombard

  • Mon pépé est un fantôme t.3 de N.Barral et TaDuc, Dupuis

  • Pico Bogue t.4 de D.Roques, Dargaud

Bédélys Or – Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec
  • Asterios Polyp de Mazzucchelli, Casterman

  • Blast t.1 de M.Larcenet, Dargaud

  • Chambre obscure t.1 de C.Bonin, Dargaud

  • Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès de F.Vehlmann et F.Duchazeau, Dargaud

  • Essex County de J.Lemire, Futuropolis

  • Hugo Pratt, un gentilhomme de fortune de P.Cossi, Vertige Graphic

  • L’Hypnoptiseur de P.de Santis et J.S.Valiente, Casterman

  • Kraa t.1 La vallée perdue de B.Sokal, Casterman

  • Lydie de Zidrou et J.Lafebre, Dargaud

  • L’Angélus t.1, collection Secrets de F.Giroux et Homs, Dupuis

Les gagnants seront annonçés le 7 avril 2011 à 18h30, à l’occasion du Gala Bédélys qui aura lieu à l’auditorium de la BAnQ, en compagnie de nos porte-parole Sylvie Lussier et Pierre Poirier. Promo 9e art tient à remercier l’ensemble de ses partenaires, dont la SODEC, Les Amis de la bibliothèque de Montréal, la Ville de Montréal, la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec et les librairies Planète BD, Monet et Pantoute.

Source : www.promo9a.org

Hiver 2010

Lettres québécoises

Pas assez de divinité

La collection « Mécanique générale », des Éditions Les 400 coups, publie chaque année plusieurs titres de qualité et permet à de nouveaux auteurs de faire connaître leur travail.

Simon Labelle n’avait pas publié d’album depuis 1977, oeuvrant pendant toutes ces années comme designer graphique. Adaptant une de ses nouvelles qui fut publiée dans la revue de nouvelles de science-fiction Solaris, en 2000, le scénariste et dessinateur entraîne le lecteur dans un récit qui, malheureusement, n’évite pas les clichés du genre.

La trame narrative de l’album est assez simple. Cinq jeunes universitaires doivent présenter une création collective, travail qui portera sur l’environnement. Ils arrivent à la conclusion que la Déesse (la nature) a créé l’homme pour qu ’il s’autodétruise. Malgré tous leurs efforts, leur travail ne leur rapporte qu’une note moyenne. Des dizaines d’années plus tard, alors qu’ils croyaient leur texte oublié, ce dernier refait surface dans Intemet. Plusieurs personnes vouent un véritable culte au fruit de leur labeur. Un événement extraordinaire poussera même Ariane, le personnage principal, à partir à la recherche de ses anciens complices, afin de comprendre comment leur Déesse a pu faire de tels ravages.

De bien belles cases

La qualité du dessin de Simon Labelle doit être soulignée. Le noir et blanc utilisé dans l’album rappelle parfois le cinéma expressionniste allemand des années trente. Les traits des personnages, simples quand ils sont jeunes, se complexifient quand on les voit plus vieux. Les cases plus oniriques et celles montrant les catastrophes causées par la Déesse sont des plus réussies.

Malheureusement, le récit n’est pas à la hauteur du dessin. Certains dialogues n’amènent rien à l’histoire, les récitatifs placés en haut de plusieurs cases sont superflus. Alors que les cinquante premières pages intriguent le lecteur, avec d’habiles retours en arrière, les dernières manquent de mordant. Les planches qui se veulent le climax du récit sont spectaculaires d’un point de vue graphique, malheureusement, elles ne surprennent en rien le lecteur qui a vu venir la fin depuis quelques pages déjà.

Il reste à souhaiter que Simon Labelle n’attende pas un autre trente ans avant de se commettre en bédé, un scénario moins prévisible et plus éclaté donnerait à ses trouvailles graphiques plus d’éclat.

François Cloutier
Lettres québécoises, Montréal

Août 2010

Bibliothèque publique d’Ottawa

Le Suicide de la Déesse : Description

Canular élaboré par des étudiants en littérature qui s’amusent à parodier des mythes religieux, Le Suicide de la Déesse acquiert à travers les années, avec l’avènement d’un mouvement « suicidisite, » une stature imprévue pour devenir un véritable courant religieux qui déroute ses « créateurs. » Sortant des sentiers battus, un suspense politique qui tient de la « religion-fiction. » Dessin sobre et un peu hiératique.

S.D.M.
Bibliothèque publique d’Ottawa

Source : www.catalogue.biblioottawalibrary.ca

30 juillet 2010

24h Montréal

Maman junkie

Très influencé par la littérature fantastique, le bédéiste québécois Simon Labelle signe une première oeuvre (il avait publié un pastiche dans Spirou en l977!) qui devrait beaucoup plaire aux bédéphiles adolescents.

Notamment grâce à une réflexion alternative à celles que proposent les trois grandes révélations monothéistes qui invoquent le « libre arbitre », qu’un dieu laisserait aux humains pour justifier sa non-intervention dans les affaires humaines, même barbares.

En utilisant le noir et blanc, les dessins mous de Labelle mettent en scène un groupe de cinq étudiants universitaires qui, hasard du destin, sont réunis pour un travail en création littéraire. Le groupe n’obtiendra qu’un B–, mais 50 ans plus tard, ledit travail, qui raconte comment Mère Nature s’est autocréée avant d’engendrer les espèces et finalement prendre son pied avec la destruction de la planète telle une junkie, se retrouve sur la Toile.

Succès planétaire underground grâce à Internet, le manuscrit des étudiants nommé Le Suicide de la déesse mènera à la création d’une secte, les Suicidistes. Car, c’est bien connu, les illuminés sont partout.

Un membre du groupe, devenu journaliste, tente de savoir comment le manuscrit innocent en est arrivé là.

Et si c’était la déesse qui avait elle-même jadis utilisé les cinq étudiants pour en faire ses prophètes objectifs, et ainsi accélérer son suicide orgasmique?

Claude André
Montréal

Source : Ici Week-end, supplément culturel du 24h Montréal

24 juillet 2010

Le Devoir

Bédé : Destins croisés

Une image du Suicide de la Déesse

C’est le grand jeu du hasard de la vie, celui des destins qui se suivent, se croisent et s’éloignent, pour le meilleur, pour le pire et pour, parfois, alimenter l’univers du 9e art. Le thème est porteur. Il se retrouve ainsi au centre de trois titres qui viennent de sortir, de manière parfois étonnante.

Première escale: Le Suicide de la déesse (Mécanique générale) de Simon Labelle. Sous la couverture, un groupe d’anciens étudiants se retrouvent pour discuter de leurs belles années de jeunesse, mais surtout d’un travail d’équipe qui va transformer leur existence en profondeur. Entre autres.

Il y a Fabien, Oli, Steph, Isa et Ariane. Il est aussi question d’une déesse, de la pollution, de la nature et de l’humanité. Le tout inscrit dans un univers graphique sobre au service d’un récit qui oscille entre l’exercice littéraire et l’ésotérisme, un tantinet.

Fabien Deglise
Le Devoir, Montréal

Source : Lisez l’article complet sur www.ledevoir.com

27 juin 2010

Forum BD Québec

Ce qu’on a lu récemment

Le Suicide de la Déesse!

Un scénario vraiment concept qui m’a fait beaucoup réfléchir les jours suivants. Même si les dessins ne me faisaient pas tripper, il rendent tellement très bien l’ambiance et le scénario.

Une belle découverte québécoise!

(Il est à noter que « tellement très bien », même s’il s’agit d'une typo à la base, est maintenant une marque déposée.)

Joel Sim

Source : www.bdquebec.qc.ca

Juillet 2010

Marché du Livre

Commentaire

Quel dommage que la couverture soit aussi peu attrayante! Derrière celle-ci se cache pourtant une nouvelle d’anticipation fort bien construite. Simon Labelle adapte sa propre nouvelle parue en 2000 dans la revue Solaris. Un noir et blanc en aplat donne vie à cette fable moderne teintée de mysticisme. Le passage en images devient des plus intéressants pour illustrer l’imagination débordante des jeunes écrivains en herbe donnant lieu à des planches superbement parlantes aux élans expressionnistes parfaitement assumés.

K.J.

Source : www.marchedulivre.qc.ca

7 juin 2010

24hSanté

La sélection 24hSanté

Cinq jeunes universitaires doivent présenter un projet de création collective. Leur travail portera sur l’environnement, mais avec une prémisse tordue : l’homme faisant partie de la nature, est-il dans l’ordre des choses qu’il détruise son environnement ?

Cette réflexion donne son titre à l’oeuvre collective des étudiants, Le Suicide de la Déesse. Ce travail scolaire, rapidement oublié par ses auteurs, aura toutefois des conséquences dramatiques pour l’avenir de l’humanité.

Cinquante ans plus tard, dans un monde transformé par les cataclysmes naturels, la pollution et les ravages provoqués par l’humain, Le Suicide de la Déesse diffusé sur le web, est devenu la bible d’une nouvelle secte, les Suicidistes. Ceux-ci aident la Déesse à accomplir son destin en détruisant la nature, en exterminant des espèces animales et en organisant des suicides de groupes.

Bouleversés par les effets inattendus de cette oeuvre de jeunesse, les anciens étudiants se retrouveront pour savoir qui est à l’origine de la diffusion du Suicide de la Déesse.

France

Source : www.24hsante.com

24 mai 2010

Dans ta bulle

Épisode 104 : Le Suicide de la Déesse

Dernière nouveauté Mécanique générale/Les 400 coups, collection désormais dirigée par Michel Viau et non plus Jimmy Beaulieu : Le Suicide de la Déesse par Simon Labelle.

Je ne m’attendais pas à aimer vraiment ce livre, parce que c’est un dessin à l’ordinateur qui n’est pas vraiment de mon style, avec en plus une typo à l’ordinateur qu’en général je n’aime pas… Mais finalement c’est cohérent et l’histoire se tient bien.

C’est une vieille écrivaine qui raconte son adolescence, à un moment où elle a participé, dans un cours de création littéraire avec quatre autres personnes, à la création d’une oeuvre collective qui s’appelait Le Suicide de la Déesse, et dont je ne vous relèverai pas les tenants et aboutissants car c’est un peu le suspense du livre… Mais il se trouve que malgré que cette oeuvre soit passée inaperçue auprès de la Littérature, elle ait eu des répercussions sur des personnes qui ont commencé à devenir adeptes de leurs écritures sans qu’eux-mêmes le sachent; ça a circulé sur Internet et ils ne savent pas pourquoi.

Alors il y a une espèce de science-fiction mêlée à tout ça, un suspense dans l’écriture, donc ça se lit bien, c’est très chouette!

Julie Delporte
CHOQ.FM, Montréal

Source : Écoutez l’émission complète en archive audio sur www.archives.choq.fm

11 mai 2010

Librairie Monet

Suggestion : Le Suicide de la Déesse

Les étudiants d’un cours universitaire en création littéraire doivent se mettre par équipes pour réaliser des oeuvres collectives. Hasard ou destin : Fabien, Oli, Steph, Isa et Ariane, la narratrice, se retrouvent ensemble en quête de l’idée géniale, où le groupe doit littéralement devenir « un organisme vivant ». Toutes leurs cogitations et oppositions concrétiseront peu à peu ce concept du Suicide de la Déesse : l’Homme étant un animal naturel au même titre que tous les autres, sa pollution le devient elle aussi ; la pollution est donc « un produit de la nature », et « la destruction de la nature par l’Homme un processus naturel. » Mère Nature, la déesse primordiale, aurait donc créé l’Homme le but de s’autodétruire, celui-ci devenant « l’instrument du suicide de la Déesse »!

Sauf que de projet littéraire astucieux, cette entreprise qu’on croyait définitivement enterrée ressurgira des années plus tard sous la forme nouvelle d’une inquiétante secte suicidiste cherchant à accélérer le processus fatal au nom de la Déesse. Se rendant compte que la fiction à laquelle elle a participé est maintenant devenue réalité, Ariane (un prénom n’ayant évidemment rien d’innocent) retourne rencontrer les acteurs du passé pour remonter le fil des événements et la source de la fuite ayant enclenché l’horreur. Mais qu’y a-t-il au bout du chemin?

Simon Labelle nous livre une prenante fable d’anticipation, dans un contexte réaliste fait de personnages vivants, loin des stéréotypes. Le processus créatif des étudiants et les enjeux de la vie universitaire y sont présentés avec crédibilité, et la réflexion écologique dépasse le prêchi-prêcha primaire pour atteindre une véritable dimension éthique.

Et force est de constater que Simon Labelle nous propose également un style éminemment personnel avec ce système de dessin vectoriel noir et blanc fort abouti, qui propose une belle synthèse entre réalisme et expressionnisme, une parfaite maîtrise du contraste, un brillant équilibre entre l’utilisation de la ligne et de la forme.

Seul bémol : un travail de couverture qui nuit considérablement à l’objet ; pourquoi avoir joué d’un ignoble dégradé sur un dessin fondamentalement conçu en aplats? Un mystère que ne font qu’appesantir quelques couleurs à l’harmonie disgracieuse ainsi qu’un titre dont l’esthétique typographique aurait dû rester en 1992...

Quelle surprise que ce Suicide de la Déesse, qui nous rappelle à quel point Enki Bilal a cruellement besoin d’un scénariste!

Éric Bouchard
Librairie Monet, Montréal

Source : www.librairiemonet.com

5 mai 2010

Le Délivré — Librairie Monet

La crème des bandes dessinées

Le Suicide de la Déesse

Cinq jeunes universitaires échafaudent une audacieuse théorie dans le cadre d’un travail de session. Le sujet : Et si notre planète avait engendré les êtres humains avec pour objectif ultime de mettre fin à ses jours? Portés par cette réflexion teintée de mysticisme, chacun des membres de l’équipe fera part aux autres de sa vision des choses, permettant du coup à l’histoire, et à son auteur, d’éviter habilement les pièges d’une moralisation écologiste. Avec ce premier album, Simon Labelle signe une remarquable fable d’anticipation qui n’aurait certes pas déplu à Teilhard de Chardin et Darwin.

Éric Lacasse
Librairie Monet, Montréal

Source : www.librairiemonet.com

3 mai 2010

Au pays des bulles

Entrevue de Simon Labelle

Réalisée par Marc de Roussan et Robert Laplante

MARC — Aujourd’hui, on reçoit Simon Labelle, qui en est à sa première publication… mais pas à ses premiers dessins. C’est Le Suicide de la Déesse, paru chez Mécanique générale, qui a été lancé il y a quelques semaines déjà.

Il faut rappeler quel est le sujet. C’est d’abord le retour dans le passé d’une septuagénaire qui jette un regard sur ce qu’elle a fait quand elle avait vingt ans. L’ouvrage qu’elle a réalisé au sein d’un groupe, lors d’un travail de session, s’est retrouvé sur le réseau internet et a donné naissance à une nouvelle religion à propos du suicide de la Déesse; et la Déesse, c’est la Terre, la Nature, c’est ce qu’on est en train d’abîmer en ce moment. Lorsque j’ai fermé la dernière page, je me suis dit que ce n’est pas une personne de vingt ans qui a écrit ça, parce qu’il y a là une réflexion sur le passé qu’une personne de vingt ans (désolé, les jeunes!) ne peut pas avoir. J’ai lu votre biographie et j’ai été ravi de constater que je ne m’étais pas trompé : vous avez une cinquantaine d’années aujourd’hui, ce qui vous donne un regard sur le passé. Est-ce basé sur un fait vécu, ou est-ce votre propre regard sur ce que vous avez fait au cours des trente dernières années?

SIMON — J’ai écrit cette histoire-là d’abord sous forme de nouvelle vers 1999 et c’était une idée qui me trottait déjà dans la tête. L’idée de départ n’était pas tant le regard en arrière que le concept même du suicide de la Déesse. En le mettant sous forme littéraire, j’ai trouvé intéressant de raconter l’histoire en flash-back. Ça se passe aujourd’hui, mais on se projette cinquante ans dans le futur pour voir un des personnages, Ariane, rencontrer les autres membres de l’équipe pour recueillir leurs témoignages. Le travail scolaire qu’ils font dans le présent est une entreprise de déconnage: ils s’amusent de façon tout à fait insouciante. Mais on se rend compte qu’entre aujourd’hui et cinquante ans dans le futur, il s’est passé quelque chose de terrible.

MARC — Il y a trois choses terrifiantes. Il y a le saccage de la nature proprement dit; ensuite, comment une idée anodine peut devenir une espèce de religion à travers le monde, qui grossit et grossit dans tous les pays, en appliquant la logique sans issue du suicide; et il y a également la non responsabilité de chacun, parce que les cinq personnages se renvoient la balle : «C’est pas notre faute»… C’est quand même assez terrible ces trois sujets-là. Comment vous vous en sortez pour jongler avec ça?

SIMON — J’ai essayé de ne pas jeter la responsabilité sur une seule personne. Je ne voulais pas qu’il y ait un méchant qui ait tout manigancé de façon cruelle. D’une certaine manière, cette histoire-là est une variante des bonnes vieilles histoires de possession démoniaque. On dirait que les personnages sont vraiment inspirés par une déesse qui leur transmet ses textes sacrés.

MARC — Ils seraient les jouets de cette déesse.

SIMON — On peut voir l’histoire de cette façon. On peut aussi décider qu’on ne croit pas à la Déesse et que c’est une histoire sur la bêtise humaine. On ne sait jamais exactement si la Déesse existe ou pas. Mais dans tous les cas, pour que l’histoire fonctionne, il faut répartir la responsabilité. Je trouvais intéressant d’avoir un groupe d’étudiants qui fait une création collective, où chacun apporte un peu du sien. D’où vient leur idée? Elle vient d’un peu tout le monde. Et ce qui arrive n’est pas vraiment de leur faute, on dirait que c’est leur manuscrit qui trouve sa voie de lui-même.

ROBERT — Comment passe-t-on de la nouvelle à la bande dessinée? Est-ce que vous avez dû sacrifier des descriptions au profit de l’image?

SIMON — J’ai suivi d’assez proche la trame de la nouvelle. C’était une courte nouvelle de 26 pages, j’en ai fait une bande dessinée de 60 pages; j’ai donc ajouté plus de matériel que je n’en ai sacrifié. C’est le fun de raconter une histoire en bandes dessinées. On peut prendre le temps de regarder, et les images en disent plus, parfois, qu’une description.

ROBERT — Il s’est passé un laps de temps important entre la publication chez Solaris et l’arrivée en bandes dessinées. Quand vous l’avez reprise, l’avez-vous modifiée pour l’ajuster à votre conception actuelle de la vie?

SIMON — Pas tellement. Elle a été publiée en 2000 sous forme de nouvelle et je l’ai refaite en bandes dessinées entre 2002 et 2005. Ensuite, en 2006, je l’ai présentée à des éditeurs et ça a pris beaucoup de temps avant d’aboutir à une publication.

MARC — Vous voulez dire que Mécanique générale a ça depuis cinq ans dans ses tiroirs?

SIMON — Mécanique générale l’a reçue en 2006. Fin 2008, j’ai eu une réponse très positive de Jimmy Beaulieu, mais il se retirait et l’a transmise à son successeur, Michel Viau, et ça nous amène à 2009. Ils m’ont demandé d’ajouter quelques pages…

ROBERT — Comment garder le feu sacré quand la bédé est terminée depuis déjà trois ans? Il faut que vous vous y replongiez de nouveau…

SIMON — On est content parce qu’on a eu un oui très enthousiaste!

ROBERT — Mais se replonger là-dedans, quand ça fait partie de votre passé…

SIMON — Oui… Mais c’est une bonne histoire! [Rires.] La seule chose qu’ils m’ont demandé, c’est de la faire respirer un peu plus, elle était un peu courte. Je l’ai relue et j’ai vu exactement ce qu’ils voulaient dire. Ils avaient raison, c’était trop condensé. Ça m’a fait plaisir de la retravailler pour l’améliorer.

MARC — Qu’est-ce qui vous a fait choisir de l’illustrer en bandes dessinées? Vous avez été président de l’Association des illustrateurs et ilustratrices du Québec de 92 à 93. C’est le monde de l’illustration, non de la bande dessinée, deux mondes assez séparés. Vous avez dévié vers la bande dessinée?

SIMON — Non, je fais de la bande dessinée depuis très longtemps. La bande dessinée m’amène à faire occasionnellement de l’illustration. À cette époque-là, je faisais de l’illustration professionnelle de façon plus courante et j’ai voulu m’impliquer dans l’Association. Pour moi, il n’y a pas d’opposition entre illustration et bande dessinée.

MARC — Vous avez lancé ce livre il y a quelques semaines. Quelle a été la réaction du public, ou des gens qui sont venus vous voir?

SIMON — J’ai eu de bons commentaires.

MARC — Ils n’ont pas trouvé exagéré qu’une religion soit créée à travers des moyens technologiques avancés?

SIMON — Non, je n’ai pas eu le commentaire que ce point avait choqué les gens. C’est une bande dessinée qu’on peut aborder de deux façons : soit comme un drame, une tragédie, à cause du ton grave de la narration; ou alors comme une parodie. Moi, je la trouve plutôt amusante.

MARC — Amusante!! [Rires.] Moi, je pensais qu’il y avait un message intrinsèque à travers le livre. Surtout qu’à la fin, vous nous laissez sur la touche d’espoir que peut-être l’inverse se ferait, qu’une nouvelle religion se créerait pour dire, justement, « Bon, c’est fini, tes conneries, la Déesse! On est là pour reconstruire, maintenant. »

SIMON — Mais y croit-on vraiment à cette note d’espoir? Pour moi, c’est plutôt un vain espoir. Comme mettre la charrue avant les boeufs. Une façon de travailler à l’envers.

MARC — Il est vrai qu’après que vous nous ayiez présenté vos personnages avec des masques à gaz, vu que l’air est irrespirable, il est dur de croire à cet espoir-là.

ROBERT — Est-ce que ça vous a demandé une préparation particulière de créer ce concept de religion? Avez-vous créé, le mot est peut-être fort, une espèce de bible pour expliquer les rites, un peu comme Tolkien a fait avec son Seigneur des anneaux? Quand on invente une religion, en bandes dessinées ou en roman, il faut la faire reposer sur quelque chose.

SIMON — Oui, c’est sûr. Le concept de base est assez solide. À partir de là, ce qu’on en voit, ce ne sont que quelques mythes, très différents les uns des autres. Chacun des étudiants sort des idées… Chacun invente un bout de religion. Ils font des brainstormings. Quelqu’un a une idée, comme ça : « Ah! On pourrait faire telle chose! Moi, je vois ça de telle façon… » et là, on plonge dans son imaginaire. D’ailleurs, c’est amusant, pour dessiner la mythologie vue par chacun des personnages, j’utilise un style qui n’est pas mon style, un style complètement différent. Il y en a un qui est poète, il nous fait un show de fumée de cigarette en déclamant son poème, ou alors son haïku est illustré par un zen painting. Son imaginaire est représenté en images d’une façon différente du reste de la bande dessinée.

MARC — Comme la partie de celle qui ne met que des mots l’un à la suite de l’autre. C’est assez particulier, c’est pour recréer des espèces de prières incompréhensibles?

SIMON — Ça, c’est Isa, un personnage qui a complètement décroché du groupe. Elle ne veut pas participer, ça ne l’intéresse pas, mais comme il y a une note à obtenir en bout de ligne, elle fait n’importe quoi, elle écrit juste un paquet de mots sans queue ni tête. Et à la fin, on se rend compte que même ça prend sa place dans la destinée de l’humanité, dans le plan de la Déesse.

MARC — Je trouve que ce serait un genre d’avertissement aux jeunes d’aujourd’hui, et même aux plus vieux, de faire attention à ce qu’ils mettent sur internet. On ne sait pas à quoi ça peut servir plus tard.

SIMON — Ce n’est pas une histoire avec une morale ou un message de mise en garde. C’est une histoire qui amène à faire réfléchir sur un concept qui provoque un genre de «court-circuit». Le point de départ est simplement que l’homme fait partie de la nature, par opposition à l’idée que Dieu a créé la nature et mis l’homme en charge de l’exploiter. L’homme n’est pas un exploitant mandaté par Dieu : cette vieille vision des choses n’est plus acceptable aujourd’hui. Non, on fait partie de la nature, on fait partie de l’écologie… Mais si on fait partie de l’écologie, alors, tout ce que fait l’homme est naturel, donc la pollution est naturelle, la surexploitation des richesses est naturelle, la destruction des espèces est un phénomène naturel…

ROBERT — On entre dans un gros débat, là… C’est intéressant.

MARC — … et si la Déesse existe, il est normal qu’on s’autodétruise… qu’on en arrive à la théorie du suicide.

SIMON — Exactement.

ROBERT — C’est amusant, vous dites que la conception de l’homme qui domine la nature est archaïque, mais celle de l’homme qui fait partie de la nature est plus ancienne encore.

SIMON — Peut-être, mais c’est celle qui est à la mode présentement. Et au fond, c’est celle qui est peut-être le plus moralement acceptable. Mais comment se fait-il qu’il suffise de donner juste une petite poussée à une idée si raisonnable pour la transformer en idée inacceptable?

ROBERT — C’est ce qu’on saura en lisant Le Suicide de la Déesse, parce que, malheureusement, je suis désolé, mais on arrive à la fin de l’émission.

MARC — On rappelle le titre : Le Suicide de la Déesse, par Simon Labelle, qui en est à sa première parution livre, chez Mécanique générale, une bonne maison d’édition québécoise. On espère qu’il y en aura d’autres…

ROBERT — Oui, attendez pas un autre dix ans! [Rires.]

Marc de Roussan et Robert Laplante
Radio Centre-ville, 102,3 FM, Montréal

Source : Écoutez l’émission en archive audio sur www.p9a.beliernoir.com

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Personnages · Le Suicide de la Déesse

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